LES EFFETS COGNITIFS DE LA GESTION DES RISQUES CHEZ LES SPORTIFS EXTREMES

LES EFFETS COGNITIFS DE LA GESTION DES RISQUES CHEZ LES SPORTIFS EXTREMES

Processus cognitifs particuliers en amont des sports à risques : Une revue des recherches

En matière de sport extreme, la prévention des risques est essentielle.
Nous avons observé que l’alternance des phases d’anticipation des gestes, d’activité, et post activité active les systèmes sympathiques et parasympathiques dans une alternance qui contribue à vivre le Flow ( état psychologique optimal).

La phase de pré-activité dans les sports extrêmes mobilise des processus cognitifs spécifiques qui diffèrent significativement de ceux impliqués dans les sports conventionnels. Cette analyse synthétise les recherches scientifiques actuelles sur ces mécanismes cognitifs préparatoires.

1. Évaluation cognitive des risques

Dans les sports extrêmes, le cerveau engage un processus d’évaluation des risques particulièrement sophistiqué :

En amont du démarrage,  le sportif se projette dans l’activité :  il  anticipe l’observation dans un niveau méta:  en activant à la fois sa mémoire des gestes du sportif,  et les risques pour penser aux procédures de sécurité.

  • Activation du cortex préfrontal ventromédian : Des études d’imagerie ont démontré une activité accrue dans cette région lors de la projection mentale dans des activités à risque élevé (Fehr & Rangel, 2011; Schonberg et al., 2012)
  • Calibrage du rapport risque/bénéfice : Brymer et Schweitzer (2017) ont mis en évidence que les athlètes expérimentés en sports extrêmes développent une capacité particulière à évaluer avec précision le niveau de risque réel par rapport au risque perçu
  • Cartographie mentale des dangers : Des recherches par Castanier et al. (2010) ont identifié comment les pratiquants experts établissent méthodiquement une cartographie mentale des variables environnementales susceptibles d’affecter leur sécurité

Les travaux de Barlow et al. (2015) montrent que les pratiquants réguliers de sports extrêmes présentent une activation plus modulée de l’amygdale et une meilleure coordination avec le cortex préfrontal durant cette phase d’évaluation.

2. Simulation mentale et répétition cognitive

La préparation aux sports extrêmes implique une simulation mentale particulièrement détaillée :

  • Visualisation enrichie : MacIntyre et Moran (2007) ont documenté comment les athlètes de sports extrêmes intègrent des variables environnementales multisensorielles dans leur visualisation mentale
  • Activation des circuits moteurs par résonance : Les travaux de Holmes et Collins (2001) sur le modèle PETTLEP (Physical, Environment, Task, Timing, Learning, Emotion, Perspective) démontrent l’activation des mêmes circuits neuronaux lors de la visualisation et de l’exécution réelle
  • Répétition des procédures d’urgence : Selon l’étude de Buckley (2015), les athlètes de sports extrêmes consacrent significativement plus de temps à la visualisation des scénarios d’urgence que les sportifs conventionnels

Ces recherches sont corroborées par Gibson (2019) qui a identifié par électroencéphalographie des patterns d’activation similaires entre la visualisation et l’exécution des mouvements dans les sports à risque.

3. Modulation attentionnelle préparatoire

Un processus spécifique de préparation attentionnelle s’observe chez les pratiquants de sports extrêmes :

  • Focalisation sélective : Harris et al. (2017) ont démontré une capacité supérieure des athlètes de sports extrêmes à identifier préalablement les éléments critiques nécessitant une attention particulière
  • Flexibilité attentionnelle : Selon Anshel et Payne (2006), les sportifs de l’extrême développent une capacité particulière à basculer entre différents types d’attention
  • Suppression des distracteurs émotionnels : Les recherches de Woodman et al. (2010) mettent en évidence les mécanismes de désactivation préventive des pensées anxiogènes non pertinentes

Ces processus attentionnels ont été confirmés par des études en neuroimagerie fonctionnelle montrant une activité accrue dans les réseaux fronto-pariétaux (Corbetta & Shulman, 2002).

4. Régulation émotionnelle anticipatoire

La gestion préventive des émotions est particulièrement développée dans les sports à risque :

  • Recadrage cognitif de l’anxiété : Les travaux de Gross et John (2003), appliqués aux sports extrêmes par Woodman et al. (2009), montrent l’efficacité du reframing cognitif pour transformer l’appréhension en excitation positive
  • Établissement d’un état émotionnel optimal : Selon Hardy et Fazey (1987) et leur théorie de la catastrophe, les athlètes de sports extrêmes recherchent activement leur zone optimale d’activation
  • Dissociation fonctionnelle : Michel et al. (2013) ont documenté la capacité des pratiquants experts à séparer les émotions personnelles des exigences de la tâche

Cette régulation émotionnelle préalable implique, selon les travaux d’Ochsner et Gross (2005), un dialogue complexe entre le système limbique et le cortex préfrontal.

5. Préparation méta-cognitive et auto-surveillance

Les sports extrêmes mobilisent des capacités méta-cognitives avancées :

  • Auto-évaluation objective : Brymer et Schweitzer (2013) ont identifié des processus d’auto-évaluation particulièrement développés chez les pratiquants de sports extrêmes
  • Définition de limites adaptatives : Les travaux de Pain et Pain (2005) montrent comment les pratiquants experts définissent précisément leurs limites sécuritaires du jour
  • Méta-mémoire procédurale : Selon Kruger et Dunning (1999), appliqué aux sports extrêmes par Raue et al. (2018), cette conscience de ses propres automatismes est cruciale pour la sécurité

Ces processus méta-cognitifs impliquent principalement le cortex préfrontal dorsolatéral, comme l’ont démontré Fleming et Dolan (2012) dans leurs travaux sur la métacognition.

6. Rituels préparatoires et ancrage

On observe des comportements préparatoires spécifiques ayant une fonction cognitive :

  • Rituels de vérification systématiques : Jackson et al. (2001) ont documenté comment ces routines servent à ancrer l’attention et activer les circuits de vigilance
  • Techniques d’ancrage somatique : Les travaux de Landers et Arent (2010) sur les techniques psychophysiologiques montrent leur efficacité pour déclencher des états mentaux optimaux
  • Dialogue interne structuré : Hardy et al. (2009) ont analysé ces séquences verbales intérieures qui activent des schémas cognitifs adaptés aux situations à risque

Ces rituels créent, selon les recherches de Gröpel et Mesagno (2019), une transition cognitive entre l’état quotidien et l’état mental optimal pour la performance.

7. Projection temporelle et segmentation

La projection dans l’activité présente des caractéristiques temporelles particulières :

  • Segmentation temporelle précise : Selon les travaux de Kurby et Zacks (2008) appliqués aux sports extrêmes par Bertollo et al. (2015), ce découpage mental optimise le traitement cognitif
  • Anticipation des points de décision critiques : Raab et Johnson (2007) ont documenté ce processus d’identification préalable des moments décisionnels
  • Projection dans l’après-activité : Les recherches de D’Argembeau et Van der Linden (2004) montrent l’importance de cette projection complète incluant le retour à la sécurité

Cette structuration temporelle implique l’hippocampe et les régions préfrontales, comme l’ont démontré Schacter et al. (2007) dans leurs travaux sur la projection future.

Implications pratiques

Ces processus cognitifs spécifiques suggèrent plusieurs approches pour optimiser la sécurité dans les sports extrêmes, comme l’ont proposé Crust et Clough (2011) dans leurs travaux sur la préparation mentale :

  • Développement de protocoles de préparation mentale structurés intégrant ces différentes dimensions
  • Entraînement à la métacognition pour améliorer l’auto-évaluation de son état
  • Utilisation de techniques de simulation mentale enrichie incluant les variables environnementales
  • Création de check-lists cognitives personnalisées pour activer systématiquement ces processus

Références bibliographiques

Anshel, M. H., & Payne, J. M. (2006). Application of sport psychology for optimal performance in martial arts. In J. Dosil (Ed.), The sport psychologist’s handbook (pp. 353-374). John Wiley & Sons.

Barlow, M., Woodman, T., & Hardy, L. (2015). Great expectations: Different high-risk activities satisfy different motives. Journal of Personality and Social Psychology, 108(2), 249-264.

Bertollo, M., di Fronso, S., Filho, E., Conforto, S., Schmid, M., Bortoli, L., Comani, S., & Robazza, C. (2015). Proficient brain for optimal performance: The MAP model perspective. PeerJ, 3, e1562.

Brymer, E., & Schweitzer, R. (2013). Extreme sports are good for your health: A phenomenological understanding of fear and anxiety in extreme sport. Journal of Health Psychology, 18(4), 477-487.

Brymer, E., & Schweitzer, R. (2017). Phenomenology and the extreme sport experience. Routledge.

Buckley, R. C. (2015). Adventure thrills are addictive. Frontiers in Psychology, 6, 1915.

Castanier, C., Le Scanff, C., & Woodman, T. (2010). Who takes risks in high-risk sports? A typological personality approach. Research Quarterly for Exercise and Sport, 81(4), 478-484.

Corbetta, M., & Shulman, G. L. (2002). Control of goal-directed and stimulus-driven attention in the brain. Nature Reviews Neuroscience, 3(3), 201-215.

Crust, L., & Clough, P. J. (2011). Developing mental toughness: From research to practice. Journal of Sport Psychology in Action, 2(1), 21-32.

D’Argembeau, A., & Van der Linden, M. (2004). Phenomenal characteristics associated with projecting oneself back into the past and forward into the future: Influence of valence and temporal distance. Consciousness and Cognition, 13(4), 844-858.

Fehr, E., & Rangel, A. (2011). Neuroeconomic foundations of economic choice—Recent advances. Journal of Economic Perspectives, 25(4), 3-30.

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Gross, J. J., & John, O. P. (2003). Individual differences in two emotion regulation processes: Implications for affect, relationships, and well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 85(2), 348-362.

Gröpel, P., & Mesagno, C. (2019). Choking interventions in sports: A systematic review. International Review of Sport and Exercise Psychology, 12(1), 176-201.

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Holmes, P. S., & Collins, D. J. (2001). The PETTLEP approach to motor imagery: A functional equivalence model for sport psychologists. Journal of Applied Sport Psychology, 13(1), 60-83.

Jackson, S. A., Thomas, P. R., Marsh, H. W., & Smethurst, C. J. (2001). Relationships between flow, self-concept, psychological skills, and performance. Journal of Applied Sport Psychology, 13(2), 129-153.

Kruger, J., & Dunning, D. (1999). Unskilled and unaware of it: How difficulties in recognizing one’s own incompetence lead to inflated self-assessments. Journal of Personality and Social Psychology, 77(6), 1121-1134.

Kurby, C. A., & Zacks, J. M. (2008). Segmentation in the perception and memory of events. Trends in Cognitive Sciences, 12(2), 72-79.

Landers, D. M., & Arent, S. M. (2010). Arousal-performance relationships. In J. M. Williams (Ed.), Applied sport psychology: Personal growth to peak performance (6th ed., pp. 221-246). McGraw-Hill.

MacIntyre, T. E., & Moran, A. P. (2007). A qualitative investigation of imagery use and meta-imagery processes among elite canoe-slalom competitors. Journal of Imagery Research in Sport and Physical Activity, 2(1).

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Pain, M. A., & Pain, M. (2005). Risk taking in sport. The Lancet, 366, S33-S34.

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Raue, M., Kolodziej, R., Lermer, E., & Streicher, B. (2018). Risks seem low while climbing high: Shift in risk perception and error rates in the course of indoor climbing activities. Frontiers in Psychology, 9, 2383.

Schacter, D. L., Addis, D. R., & Buckner, R. L. (2007). Remembering the past to imagine the future: The prospective brain. Nature Reviews Neuroscience, 8(9), 657-661.

Schonberg, T., Fox, C. R., & Poldrack, R. A. (2012). Mind the gap: Bridging economic and naturalistic risk-taking with cognitive neuroscience. Trends in Cognitive Sciences, 16(3), 146-156.

Woodman, T., Cazenave, N., & Le Scanff, C. (2009). Skydiving as emotion regulation: The rise and fall of anxiety is moderated by alexithymia. Journal of Sport and Exercise Psychology, 31(2), 237-255.

Woodman, T., Hardy, L., Barlow, M., & Le Scanff, C. (2010). Motives for participation in prolonged engagement high-risk sports: An agentic emotion regulation perspective. Psychology of Sport and Exercise, 11(5), 345-352.

S’ETONNER, SE QUESTIONNER, CHERCHER

S’ETONNER, SE QUESTIONNER, CHERCHER

L’humain ne cesse de nous étonner.

Quelques scientifiques, sportifs extrêmes ou parents ou amis inquiétés par quelques têtes brûlées de leur entourage mènent depuis le développement des sports extrêmes des études. 

Si vous aussi vous vous posez des questions sur le sens des sports extrêmes pour leurs adeptes ou sur leurs effets sur le corps, vous trouverez ci dessous quelques titres qui pourraient  vous intéresser! 

Bonnes lectures

Fiche pédagogique : Le sport extrême : Que cache le gout du risque? 

La dépendance à l’effort : Synthèse des connaissances sur le phénomène d’addiction à l’activité physique : définition, diagnostic, effets physiques et physiologiques, prise en charge.

Addiction à l’adrénaline et pratiques extrêmes chez les sportifs.

Pour compléter votre compréhension : 

Les fonctions des neurotransmetteurs

Avoir ou ne pas avoir certains neurotransmetteurs? 

Les invincibles

Les invincibles

Un florilège d’expressions fortes!

Se sentir invincible, oser l’impossible …

L’accident, c’est comme se prendre un mur. 

le handicap : un mur sur lequel se hisser pour aller plus haut que ce que ne peuvent aller les valides?

Tétraplaisique heroïne!

Tétraplaisique heroïne!

Dans le domaine du surf, on pourrait appeler ça un aérial: un décollage au dessus de la vague. Changer de posture, et profiter du terrain pour prendre de la hauteur… .

Katell Ropert, multi championne de France, d’Europe et vice championne du monde , va prendre de la hauteur, se retourner sur son expérience et celle observée chez ses pairs au cours de leurs activités au sein de l’association FAST Surf dans une démarche de recherche-action, et pour un master 2 Recherche, puis un doctorat.

Au milieu d’un flot de questions, un axe de réflexion se dégage : Essayer de penser les effets de la pratique d’un Sport Extrême chez des blessés médullaire, comme elle.

L’activité Parasportive se présente sous la forme d’un « jeu ». C’est à dire, qu’il s’agit non pas d’un divertissement ou d’une distraction qui pourrait dissoudre les handicaps et leurs ressentis dans l’eau, mais d’un espace potentiel qui s’offre au sujet.

Dans l’année à venir, l’étude voudra rencontrer des parasportifs de l’extrême pour leur demander :

« Dans quelle mesure peut-on jouer d’un sport à sensations fortes, en quête d’une cénesthésie suffisamment bonne pour parvenir à une ou plusieurs formes de plénitude . 

Cet axe de recherche, s’explorera essentiellement auprès d’un public de blessés adultes médullaires alors qu’ils sont accompagnés par le FRENCH ADAPTIVE SURFER TANK (FAST ) pour pratiquer le Surf à moindre risque et plaisir maximal…. Mais…

Mais vous savez que c’est souvent en étudiant le corps malade qu’on produit des savoirs sur le fonctionnement du corps bien portant. Alors aussi bien, Katell éclairera les motivations des engagements de l’humain dans des activités à émotions intenses et ce que cela produit à l’esprit, au corps, à la conscience d’être de quiconque.. Je sais pas vous, mais moi, j’attends qu’elle trace la carte pour atteindre le Nirvana….

Sandrine de Monsabert,  Animatrice des ateliers de recherche STAPSE

 

 

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